A propos de l’abolition de l’Index des livres prohibés (Abbé Hervé Belmont)

L’Index des livres prohibés

Dès l’origine, l’Église a condamné les écrits susceptibles de mettre en péril la foi ou la vertu : sa vigilance maternelle ne s’est jamais démentie. C’est ainsi qu’on voit que les convertis d’Éphèse, sous le ministère de l’Apôtre saint Paul, brûler publiquement leurs livres mauvais (Act. XIX, 19).

L’invention de l’imprimerie rendit nécessaire une vigilance accrue : l’autorisation préalable d’impression, et l’obligation de se défaire des mauvais livres commença dès le tout début du XVIème siècle (1501, Alexandre VI) et devint universelle au cinquième concile de Latran (1515, Léon X).

La diffusion du protestantisme nécessita qu’on dressât des catalogues de livres prohibés et c’est ainsi que naquit l’Index proprement dit. Commencé à Venise (1543), cet usage gagna les grandes villes de la chrétienté. À Rome, Paul IV [cf. image de couverture] ordonna au Saint-Office, organisé en congrégation dès 1542, de dresser un Index général, qui parut en 1557. Ce catalogue, étoffé au cours des âges, dura jusqu’en 1900 où le Pape Léon XIII lui substitua un nouveau catalogue dont la dernière édition remonte à 1948. La dernière mise à l’Index remonte à 1961.

La congrégation de l’Index fut instituée en 1571 (saint Pie V) pour décharger le Saint-Office. En 1917, Benoît XV la supprima et transféra sa compétence au Saint-Office.Outre un catalogue, l’Église a promulgué des prohibitions générales, interdisant la lecture de catégories entières de livres.

Les dix règles fondamentales de l’Index ont été introduites par Pie IV en tête du catalogue de 1564 ; Léon XIII les a mises à jour en 1897 et elles ont été insérées dans le code de Droit canonique en 1917.

On trouvera la législation de l’Église en tête d’un Extrait de l’Index des livres prohibés, établi pour rendre accessible la nomenclature des livres de langue française ou des livres les plus connus. Qui veut le catalogue complet présenté sous forme de tableau peut consulter l’édition de 1948, qui cependant ne contient pas les condamnations postérieures, à la différence de l’extrait mentionné ci-dessus.

Abbé Hervé Belmont

Source

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Abolition de l’Index des livres prohibés (*)

Après la lettre apostolique lntegrae servandae donnée en forme de motu proprio le 7 décembre 1965, de nombreuses demandes sont parvenues au Saint-Siège pour connaître le sort de l’Index des livres interdits jusqu’à présent détenu par l’Église pour sauvegarder, selon le mandat divin, l’intégrité de la foi et des mœurs.

Pour répondre à ces questions, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, après avoir interrogé le Saint-Père, a annoncé que l’Index reste moralement engageant, en tant qu’avertissement à la conscience des chrétiens de se garder, par une obligation qui découle de la même loi naturelle, des écrits de ceux qui peuvent mettre en danger la foi et la morale, mais en même temps, avertissant qu’il n’a plus force de loi ecclésiastique avec la censure qui y est liée.

Ainsi, l’Église est confiante dans la conscience mature des fidèles, surtout des auteurs et des éditeurs catholiques et de ceux qui s’occupent de l’éducation des jeunes. Elle réaffirme son ferme espoir dans les soins vigilants des individus et dans celui des Conférences épiscopales, qui ont le droit et le devoir d’examiner et d’empêcher la publication de livres et, si le cas se présente, de reprendre les auteurs et de les avertir.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans l’esprit de la lettre apostolique Integrae servandae et des décrets du Concile Vatican II, se met entièrement à disposition, si nécessaire, de l’Ordinaire pour les aider dans la sélection des ouvrages publiés et dans la promotion d’une saine culture en opposition à l’insidieuse, en contact étroit avec les instituts et les universités religieuses.

Si, cependant, des doctrines et des opinions contraires aux principes de la foi et des mœurs sont rendues publiques, et si leurs auteurs, cordialement invités à les corriger, ne veulent pas résoudre ce problème, le Saint-Siège fera usage de son droit et devoir de réprouver, même publiquement, ces écrits, pour veiller avec une fermeté proportionnée au bien des âmes.

On veillera donc, le cas échéant, à communiquer aux fidèles l’arrêt de l’église sur les œuvres publiées.

Donné à Rome, du palais du Saint-Office, le 14 juin 1966

A. Cardinal OTTAVIANI

Pour le Préfet de la sainte congrégation pour la doctrine de la foi,

P. PARENTE, Secrétaire

(*) Avec cette Notificatio, sont abrogés les canons 1399 (Livres prohibés) et 2318 (sanctions contre ceux qui violent les lois sur la censure et l’interdiction de livres) ; par conséquent, ceux qui avaient été touchés par les censures prévues au canon 2318 sont acquittés (Cf. le Decretum de la sainte congrégation pour la doctrine de la foi, 15 novembre 1966) – Cette note a été rajoutée par le CEDIR. Elle fait mention du « Décret concernant les canons 1399 et 2318 qui ne sont plus en vigueur (Decretum de interpretatione « Notificatio » die 14 iunii 1966 circa « Indicem » librorum prohibitorum), 15 novembre 1966, AAS 58/1186.

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