Extrait du Livre des promesses et des prédictions de Dieu, de Saint Quodvultdeus

« L’apôtre Paul dit : « Ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu » (I Cor., III, 7). Ainsi dans cette culture de notre céleste et royal patrimoine (I Cor., III, 9), à laquelle les apôtres, les patriarches et les prophètes se sont appliqués, moi qui ne suit qu’un petit chien parmi les autres chiens du Seigneur, j’ai, parcourant nos limites, composé à cette chasse, sous la conduite de la grâce, cent cinquante-trois chapitres tirés des divines Écritures ; dans ce nombre figurent cent trois promesses de Dieu et cinquante prédictions, réparties de la façon suivante : le peuple avant la Loi a reçu dix-neuf promesses qu’il a vues en les croyant et crues en les voyant ; celles qu’il a crues et a laissées à s’accomplir après lui sous les yeux du peuple sont au nombre de six ; les prédictions qu’il a vues, au nombre de douze ; celle qu’il a crues, au nombre de trois. Les promesses que le peuple sous la Loi a vues en les croyant et crues en les voyant sont au nombre de dix-huit ; et il y en a une qu’il a crue et a laissée s’accomplir après lui. Quant aux prédictions, il y en a dix-neuf qu’il a vues, et deux qu’il a crues. Le peuple sous la grâce a quarante promesses : trente-deux qu’il a vues avant nous, sept que nous avons vues et voyons s’accomplir, et une, relative à la fin du monde, que nous croyons tous. Pour le demi-temps, douze prédictions qui sont objet de foi, et deux que nous avons vues. Quant aux promesses qui sont objet de foi et doivent se réaliser à la fin, il y en a six. Treize également pour la gloire des saints sont objet de foi parce que seuls les saints en obtiendront la réalisation. Cela fait au total quatre-vingt-trois promesses accomplies et vingt qui doivent s’accomplir, trente-huit prédictions accomplies et douze qui doivent s’accomplir. Y a-t-il donc encore un esprit assez endurci et assez fermé pour douter de la réalisation de ces quelques-unes quand il en voit tant déjà réalisées ?

[…]

PREMIÈRE PARTIE : AVANT LA LOI

Toute démarche de foi se conclut en espoir et amour. C’est en effet en aimant la promesse, objet de sa croyance, que chacun lui accorde sa foi jusqu’à ce qu’il détienne tout l’objet de son espérance. Une conviction portant sur des choses invisibles, voilà comment l’apôtre Paul a défini la foi (Héb., XI, 1). Que ce soit bien là l’économie de la foi, Dieu, créateur de toutes choses, le proclame dans l’Écriture sainte, quand il a daigné tout tirer du néant pour faire le monde, établissant à partir d’une matière invisible, un équilibre harmonieux entre le haut et le milieu, le milieu et le bas (Gen., I, 2 ; Sag., XI, 18). Car il a donné la prééminence à certains êtres invisibles sur les êtres visibles, aux êtres raisonnables sur ceux qui ne le sont pas, aux êtres doués de sentiment sur ceux qui en sont dépourvus, aux êtres vivants sur ceux qui ne possèdent pas la vie, et il a tout disposé en dimension, en nombre et en poids (Sag., XI, 21). Chacun de ces êtres subsistant à sa manière, il a élevé l’homme, animal raisonnable, au-dessus des créatures terrestres, et à lui seul, il a attribué l’image et la ressemblance de sa divinité, une volonté libre : il lui a donné aussi pour loi de vivre éternellement s’il observait ses commandements, mais de mourir s’il méprisait les ordres de son Créateur (Gen., II, 17). Avec une ruse de serpent, le diable prit l’homme au piège de l’orgueil qui avait, avec celle de ses associés, causé sa propre chute ; par sa désobéissance, Adam précipita avec lui dans la mort toute la lignée du genre humain (Rom., V, 12) ; mais la nature, produit d’une création bonne, ne put pas porter préjudice au Créateur. Sans doute a-t-elle trouvé la mort à cause de la prévarication, elle n’a cependant pas perdu, même dans la mort, l’essence de la vie, autant qu’elle la possède. Car l’âme, créée immortelle, mais qui, dans ce stade du monde vicié par la chute, est submergée sous la fange du corps et appesantie par le poids des crimes, – à moins qu’elle n’ait été rachetée par le sang du Sauveur et lavée par l’eau spirituelle, et que, soustraite à la contagion de la blessure originelle, elle n’ait gardé avec une foi inviolable l’honneur de la grâce octroyée -, vivra avec la chair pour subir le châtiment éternel, comme l’annonce la croyance évangélique qui a donné aux bons l’assurance de la vie éternelle, aux méchants celle du châtiment éternel (Matth., XXV, 41), avec d’autant plus d’autorité qu’elle a accompli tout ce qui avait été prédit depuis le commencement du monde.

Mais pour ne pas étendre, avec une pensée humaine et stérile, le préambule déjà long de ce livre – distribué en trois parties et demie, nous le remplirons, avec l’aide de Celui dont la faveur nous fait parler, des témoignages divins que nous avons rassemblés et réunis de partout -, nous entreprenons de recueillir dans toutes les Écritures divines, chapitre par chapitre, et au fur et à mesure qu’elles se présenteront, tout ce qu’il y eut comme prédictions ou comme promesses de Dieu, en remarquant qu’il y a trois temps, du commencement à la fin du monde, chez les différents peuples : avant la Loi, sous la Loi, et sous la manifestation d’une Grâce qui, par des signes cachés, a toujours été présente. Cette division tripartite des temps est la suivant : de la première création du premier homme, jusqu’à Moïse, c’est le temps d’avant la Loi ; de Moïse à qui la Loi fut donnée sur le mont Sinaï, jusqu’à l’avènement du Sauveur notre Seigneur Jésus Christ, c’est le temps de la soumission à la Loi ; depuis qu’Il s’est manifesté dans la chair, qu’Il a été crucifié, qu’Il est ressuscité et monté au Ciel, jusqu’à maintenant et à la fin du monde, avec le bref épisode du règne de l’Antichrist, c’est le temps de la Grâce qui s’accomplit. Pour chacun de ces trois temps, le Dieu Créateur, très équitable à régler ses volontés, a distribué ses lois et ses promesses de manière à ne pas les confier toutes à la croyance de la seule foi, mais il a voulu présenter aux yeux la réalisation de la plupart d’entre elles : ce que l’on voyait devait permettre de croire à l’accomplissement de ce qu’on espérait de l’avenir. Le nom de chacun des temps susdits nous servira à intituler, comme promis, chacune des parties de ce livre. Ce qui a été promis et présenté figurativement du Christ et de l’Église, ce qui n’a été qu’objet de foi, la réalisation en étant laissée à voir à la postérité, voilà ce que montreront nos chapitres établis suivant l’ordre chronologique.

I. Promesse, du Livre de la Genèse (crue et vue)

« Au commencement Dieu fit le ciel et la terre » (Gen., I, 1), les mers et tout ce qui s’y trouve, ce qui brille au ciel, ce qui vole dans les airs, ce qui marche sur la terre, ce qui nage dans l’eau. Ces œuvres achevées, Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gen., I, 26). Et l’ayant modelé dans le limon de la terre, « il insuffla sur sa face, est-il dit, l’Esprit de vie et l’homme fut fait âme vivante » (Gen., II, 7). Et Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Faisons-lui un aide, un conseiller semblable à lui » (Gen., II, 18). Et peu après : « Dieu envoya le sommeil sur Adam qui s’endormit ; et il prit une de ses côtes et il lui donna forme de femme et il l’amena auprès d’Adam » pour que celui-ci avisât à lui donner un nom. « Et Adam dit : Voici maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair ; elle sera appelée Femme parce qu’elle a été tirée de son mari. C’est pourquoi, dit-il, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à son épouse et ils seront deux en une seule chair » (Gen., II, 21-24). Que ceci se soit passé de façon à comporter à la fois réalité et figure, l’apôtre Paul en témoigne. Exposant ce passage, dans son épître aux Éphésiens, il dit : « Ceci est un grand mystère, je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église » (Éphés., V, 32). Le grand mystère, c’est donc ce qu’Adam espéra après en avoir reçu la promesse : il vit unie à lui-même l’épouse qu’il avait crue, et à nous il annonça symboliquement que, selon la foi, l’Église serait la mère des vivants. Pour cette raison, Adam appela cette même Ève, sa femme, du nom de Mère des vivants (Gen., III, 20) : C’est évidemment parce que, Ève ayant été créée du flanc d’Adam endormi, celui-ci a prévu que du flanc du Christ suspendu à la Croix devait être créée l’Église qui est véritablement la mère de tous les vivants. C’est elle en effet, la femme qui est « gardée un temps et des temps et la moitié d’un temps loin de la vue du serpent » (Apoc., XII, 14).

II. Prédiction (crue et vue dans la Genèse)

Dieu prévint Adam et sa femme que, s’ils touchaient à l’objet défendu, leur mort s’ensuivrait ; il leur dit : « Vous mangerez les fruits de tout arbre du paradis, mais de ceux de l’arbre de la connaissance du bien et du mal vous ne mangerez pas, le jour où vous en mangerez, vous mourrez ». Trompés par le diable, ils méprisèrent cette consigne et touchèrent à ce qui était défendu. Tandis que l’homme s’excusait de ce péché sur la femme, et la femme sur le serpent, la mort prédite fut le présent qu’ils firent à leurs descendants aussi bien qu’à eux-mêmes. Cette mort est celle que subit tout le genre humain en même temps ; mais elle est le signe d’une autre mort, la mort éternelle, dont sera exempt tout homme qui aura observé les commandements du Christ (Jn., VIII, 51) ; mais celui qui aura tenu pour méprisables les enseignements salutaires du Seigneur Jésus Christ, il n’y a aucun doute que cette mort éternelle se saisira de lui. En effet « heureux et saint, dit l’Apôtre Jean, celui qui a part à cette première résurrection ; sur lui la seconde mort n’a pas de pouvoir » (Apoc., XX, 6). Et le Seigneur a dit : « Celui qui entend mes paroles et croit à Celui qui m’a envoyé, possède la vie éternelle et ne viendra pas en jugement : il est passé de la mort à la vie » (Jn., V, 24).

III. Prédiction (crue et vue dans la Genèse)

Suit la condamnation proférée et prédite contre le Serpent, c’est-à-dire le diable. On y trouve quelque chose de redoutable ; il lui est dit en effet entre autres choses : « Tu mangeras la terre tous les jours de ta vie » (Gen., III, 14). Les âmes qui s’ouvrent avec avidité aux désirs terrestres ressemblent à la terre et lui sont comparées ; ce sont ces âmes impies que le prophète David désigne dans son premier psaume quand il dit : « Ils seront comme la poussière que le vent chasse de la surface de la terre » (Ps., I, 4). Et le prophète Jérémie : « Ceux qui s’écartent de toi, qu’ils soient inscrits sur la terre » (Jér., XVII, 13). Job dit également : « La terre a été livrée aux mains de l’impie » (Job., IX, 24). David de même : « Souviens-toi, Seigneur, que nous sommes de la terre » (Ps., CII, 14). Il dit dans un autre psaume qu’il se dépouille de la terre que, par le mérite du péché, le serpent a reçue pour nourriture : « Délivre-moi de la boue pour que je ne m’y enlise pas » (Ps., LXVIII, 15). Ailleurs également : « Notre ventre adhère à la terre. Lève-toi, Seigneur, secours-nous et rachète-nous à cause de ton nom » (Ps., XLIII, 25-26). Ailleurs également : « Ne me livre pas, Seigneur, loin de ce que je désire, au pécheur » (Ps., CXXXIX, 9). C’est pourquoi chaque jour, comme en a décidé la divine clémence, le prêtre nous avertit d’élever notre coeur et nous professons qu’il est tourné vers le Seigneur. Si seulement notre engagement était assez solide pour nous permettre de réaliser dans notre conduite, aidés de la grâce, ce que notre bouche profère !.»

Saint Quodvultdeus, Livre des promesses et des prédictions de Dieu, Sources Chrétiennes 101, pages 133-165.

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